Vingt-quatre pour cent des chiens ont déjà été surpris à manger des excréments, et 16 % le font régulièrement, d’après une large enquête menée par l’équipe du professeur Benjamin Hart et publiée dans Veterinary Medicine and Science. Mon chien mange du caca place donc près d’un maître sur quatre devant la même scène écœurante, et devant la même conclusion erronée : mon chien a un problème, il manque de quelque chose, il est sale. La même étude démonte pourtant cette lecture. Les chiens coprophages ne sont ni carencés ni malades dans leur immense majorité : 92 % d’entre eux choisissent des crottes fraîches, de moins de deux jours, et 85 % ne touchent jamais aux leurs, uniquement à celles des autres. Ce n’est pas le comportement d’un animal en manque de nutriments, c’est le vestige d’un réflexe ancestral qui poussait les canidés à nettoyer les abords de la tanière pour limiter les parasites. Cela ne le rend pas plus agréable, mais cela change complètement la façon de le traiter : on ne corrige pas une carence, on gère un environnement et on apprend un ordre. Vous allez voir comment identifier de quelles crottes il s’agit exactement, pourquoi cette distinction commande la solution, et quelle méthode appliquer selon les cas.
En résumé
- La coprophagie est un comportement ancestral banal, pas le signe d’une carence dans la grande majorité des cas.
- Identifiez de quelles crottes il s’agit, car les siennes, celles du chat ou celles des autres chiens appellent des réponses différentes.
- Apprenez un ordre de renoncement fiable plutôt que de courir après votre chien, ce qui transforme la crotte en jeu de poursuite.
- Faites vermifuger votre chien et lavez-vous les mains, les excréments transmettent des parasites à toute la famille.
La coprophagie, un comportement plus banal qu’on ne croit
Manger des excréments est un comportement normal du répertoire canin, et non une déviance. Il apparaît naturellement dans deux situations parfaitement physiologiques. Une chienne qui allaite consomme les excréments de ses chiots pendant les premières semaines, pour maintenir le nid propre et sans odeur. Et tout chiot passe par une phase d’exploration orale où il goûte à peu près tout ce qu’il trouve, crottes comprises.
L’hypothèse retenue par l’équipe de Hart est celle d’un héritage adaptatif : chez les canidés vivant en groupe, éliminer rapidement les selles déposées près du lieu de repos réduit l’exposition aux parasites intestinaux, dont les œufs deviennent infestants au bout de quelques jours. D’où la préférence marquée pour les crottes fraîches, qui n’a de sens que dans cette logique.
Deux autres observations de cette étude méritent d’être connues. Les chiens gloutons, ceux qui volent la nourriture sur les tables, sont surreprésentés parmi les coprophages. Et la proportion augmente avec le nombre de chiens du foyer, passant d’environ 20 % dans les foyers à un chien à un tiers dans les foyers de trois chiens.
Pourquoi votre chien mange des excréments
Les causes médicales, à écarter en premier
Elles sont minoritaires mais doivent être exclues, surtout si le comportement apparaît brutalement chez un adulte qui ne le faisait pas. Les parasites intestinaux détournent une partie des nutriments et peuvent accroître l’appétit. L’insuffisance pancréatique exocrine empêche la digestion correcte des aliments, et les selles émises restent riches en nutriments non digérés, ce qui les rend attractives. Le diabète, l’hyperthyroïdie et les traitements à base de corticoïdes augmentent la faim.
Les signes qui doivent alerter : amaigrissement malgré un bon appétit, selles grasses ou volumineuses, pelage terne, diarrhée chronique. Un examen des selles et un bilan sanguin tranchent rapidement.
L’ennui et le manque de stimulation
Un chien seul dans un jardin, sans activité, finit par explorer ce qui s’y trouve. La crotte est disponible, elle a une odeur intéressante, et sa consommation déclenche parfois une réaction spectaculaire de la part du maître. Pour un chien en manque d’interaction, même une réaction négative reste une interaction.
La recherche d’attention
C’est un mécanisme souvent sous-estimé. Un chien qui a compris que ce geste précis fait accourir son maître en criant dispose d’un moyen infaillible de capter l’attention. Le comportement se renforce alors indépendamment de sa motivation initiale.
L’appétence pour certaines selles
Les crottes de chat sont particulièrement recherchées, parce que les aliments pour chats sont plus riches en protéines et en graisses, et que les selles conservent une partie de cette richesse. Il en va de même des excréments d’herbivores, chevaux et ruminants, qui contiennent des fibres fermentées et des bactéries appréciées. Ces cas ne relèvent d’aucune pathologie, seulement d’un goût.
Le cas trop fréquent du chiot grondé pour sa malpropreté
Un chiot puni sur ses selles apprend souvent à les faire disparaître. C’est une des origines les plus fréquentes de la coprophagie et l’une des moins citées.
Le mécanisme est limpide du point de vue du chiot. Il fait ses besoins à l’intérieur. Son maître arrive, hausse le ton, le gronde, parfois lui met le nez dedans. Le chiot ne comprend pas la notion d’endroit approprié, mais il retient très bien l’association entre la présence d’une crotte et les ennuis. La solution qu’il trouve est efficace : supprimer la preuve.
Ce schéma explique les cas où le chien mange ses propres selles, minoritaires selon l’étude de Hart, et souvent les plus difficiles à traiter parce qu’ils reposent sur une anxiété. La première mesure consiste alors à cesser toute punition liée à l’élimination, ce qui rejoint entièrement la logique exposée dans notre article sur le chien qui fait ses besoins dans la maison.
De quelles crottes s’agit-il ?
Cette question est la plus utile de tout l’article, parce que chaque cas a sa solution propre. Les recherches des internautes les distinguent d’ailleurs très nettement, alors que les articles les mélangent presque tous.
Les siennes
Cas minoritaire, environ 15 % des chiens coprophages. Il oriente vers une punition passée liée à la propreté, vers une anxiété, ou vers un trouble digestif qui rend les selles anormalement riches. Consultez pour écarter la piste médicale, supprimez toute punition, et ramassez immédiatement pour ne laisser aucune occasion.
Celles des autres chiens
Cas le plus fréquent, et le plus proche du comportement ancestral. Il se travaille exclusivement en promenade, avec un ordre de renoncement solide et une bonne anticipation de votre part. La vermifugation devient ici une priorité, puisque c’est le mode de contamination principal.
Celles du chat et la litière
Situation extrêmement courante dans les foyers mixtes, et pourtant réduite à une ligne de FAQ chez la plupart des sites. La solution est matérielle et fonctionne presque toujours. Placez la litière en hauteur, sur un meuble accessible au chat uniquement. Ou utilisez une maison de toilette à entrée par le haut. Ou installez une barrière avec une ouverture calibrée pour le chat. Et ramassez plusieurs fois par jour.
Ajoutez un point de vigilance sanitaire : les selles de chat peuvent transmettre des parasites, dont la toxoplasmose, ce qui rend cette configuration particulièrement importante à régler dans un foyer avec une femme enceinte ou une personne immunodéprimée.
Celles des herbivores et les excréments humains
Crottins de cheval, bouses, excréments d’oiseaux : peu risqués en eux-mêmes mais susceptibles de contenir des résidus de vermifuges administrés au bétail, notamment l’ivermectine, dangereuse pour certaines races comme les colleys et les bergers australiens porteurs de la mutation MDR1. La gestion en laisse reste la meilleure prévention. Les excréments humains, rencontrés en milieu urbain, présentent quant à eux un risque infectieux réel et justifient une vigilance accrue.
Les risques pour votre chien et pour vous
Le risque principal est parasitaire. Les selles fraîches d’un chien infesté transmettent des vers ronds, des vers plats, des coccidies ou des giardias. La giardiose, particulièrement fréquente, provoque des diarrhées chroniques difficiles à traiter et se transmet aussi à l’humain.
Certains de ces parasites sont des zoonoses, transmissibles à votre famille. Les œufs de vers passent des selles à la gueule du chien, puis à sa langue, puis à la main ou au visage de l’enfant qu’il lèche. Les enfants en bas âge sont les plus exposés, parce qu’ils portent souvent les mains à la bouche après avoir caressé le chien.
Trois mesures suffisent à ramener ce risque à un niveau très faible. Une vermifugation régulière, dont la fréquence se discute avec votre vétérinaire selon le mode de vie de votre chien. Un lavage des mains après manipulation. Et l’interdiction du léchage du visage chez les enfants, au moins tant que le comportement persiste.
S’ajoute enfin l’ingestion possible de médicaments présents dans les selles, la plus documentée étant celle des vermifuges d’équidés déjà évoquée.
La méthode en trois volets
Volet 1 : la gestion
C’est la partie la moins gratifiante et la plus efficace. Ramassez immédiatement les selles de votre chien, dans le jardin comme en promenade, sans exception. Un chien qui n’a jamais l’occasion de recommencer perd l’habitude beaucoup plus vite qu’un chien à qui l’on interdit sans supprimer l’accès.
Sécurisez la litière du chat comme décrit plus haut. Tenez votre chien en laisse sur les portions de trajet où vous savez qu’il trouvera des crottes, chemins fréquentés par d’autres chiens, abords de parcs. La gestion n’est pas un aveu d’échec, c’est ce qui empêche la répétition pendant que l’éducation s’installe.
Volet 2 : l’alimentation
Vérifiez que la ration correspond aux besoins réels de votre chien, en quantité comme en qualité. Une alimentation mal digérée produit des selles riches, donc attractives, et cela vaut aussi pour celles de vos autres animaux. Fractionnez en deux ou trois repas plutôt qu’un seul, un chien qui a faim en fin de journée cherche davantage.
Sur les compléments dits anti-coprophagie, vendus en animalerie, soyez lucide : leur efficacité est faible et inconstante. Ils rendent les selles amères pour le chien qui les produit, ce qui n’a aucun effet sur un chien qui mange celles des autres, c’est-à-dire la majorité des cas. Ils ne remplacent ni la gestion ni l’éducation.
Volet 3 : l’éducation, avec un ordre de renoncement
C’est le seul volet qui vous donnera de la sérénité en promenade. Apprenez un mot qui signifie « laisse ça et viens vers moi », en le construisant à froid et jamais devant une crotte.
Commencez à la maison avec un objet sans intérêt posé au sol. Vous prononcez le mot, votre chien se détourne, il reçoit une friandise exceptionnelle. Augmentez la valeur de l’objet au fil des séances, puis passez en extérieur avec une longe.
La règle qui fait toute la différence : ce que votre chien reçoit en renonçant doit toujours valoir plus que ce qu’il abandonne. Un chien qui échange une crotte contre une croquette ordinaire fera vite le calcul et cessera de coopérer.
Enfin, ne courez jamais vers lui en criant. Vous transformez la crotte en objet précieux à défendre et en jeu de poursuite. Appelez-le dans la direction opposée, en vous éloignant : un chien suit bien plus volontiers quelqu’un qui part que quelqu’un qui fonce sur lui.
Ce qui ne marche pas
- Punir après coup. Votre chien ne relie pas votre colère à un geste déjà terminé, et il apprend surtout à le faire hors de votre vue.
- Courir vers lui. Vous déclenchez une poursuite et vous augmentez la valeur de ce qu’il tient en gueule.
- Les compléments anti-coprophagie seuls. Sans effet sur les selles des autres animaux, qui représentent la majorité des cas.
- Piéger les crottes avec un produit répulsif. Cette pratique ancienne peut intoxiquer le chien et n’a aucune valeur éducative.
- Changer d’alimentation en espérant un miracle. Utile si la ration est inadaptée, sans effet sur un comportement d’origine ancestrale ou attentionnelle.
Quand consulter un vétérinaire
Prenez rendez-vous si le comportement apparaît brutalement chez un chien adulte qui ne le faisait pas, s’il s’accompagne d’un amaigrissement, d’une diarrhée persistante, de selles grasses ou d’un pelage terne, ou si votre chien mange ses propres selles de façon compulsive.
Une analyse coprologique et un bilan sanguin permettent d’écarter les parasites, l’insuffisance pancréatique et les troubles endocriniens. C’est également l’occasion de faire le point sur le protocole de vermifugation, qui devient prioritaire chez un chien coprophage vivant avec des enfants.
Ce qu’il faut retenir
Peu de comportements canins provoquent autant de dégoût, et peu sont aussi mal interprétés. On y voit une saleté, un manque, parfois même une provocation. C’est en réalité l’un des comportements les plus anciens et les plus banals du répertoire de l’espèce, hérité d’une époque où nettoyer les abords du couchage protégeait tout le groupe.
Cette banalité n’oblige évidemment pas à l’accepter. Elle indique simplement par où commencer : ramasser sans faillir, sécuriser la litière du chat, et construire un ordre de renoncement qui vaut la peine d’être obéi. Trois choses simples, qui règlent l’écrasante majorité des situations en quelques semaines.
Et si vous vous reconnaissez dans le chiot grondé pour ses accidents de propreté, sachez que ce n’est pas une faute impardonnable. Presque tout le monde a reçu ce conseil un jour. Il suffit de cesser, et de reconstruire la confiance autour de l’élimination : beaucoup de chiens arrêtent d’eux-mêmes une fois que faire ses besoins cesse d’être associé à des ennuis.
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FAQ
Est-ce grave si mon chien mange des crottes ?
Non, pas en soi, mais le risque parasitaire est réel. Les selles fraîches transmettent vers ronds, vers plats, coccidies et giardias, dont certains se transmettent à l’humain. Maintenez une vermifugation régulière discutée avec votre vétérinaire, lavez-vous les mains après avoir manipulé votre chien, et évitez qu’il lèche le visage des enfants tant que le comportement persiste.
Pourquoi mon chien veut-il manger du caca ?
Le plus souvent par héritage comportemental et non par carence. Une large enquête vétérinaire montre que 92 % des chiens coprophages choisissent des crottes fraîches de moins de deux jours, ce qui correspond au réflexe ancestral de nettoyage des abords de la tanière. S’y ajoutent l’ennui, la recherche d’attention, et l’attrait particulier des selles de chat, plus riches.
Comment faire pour qu’un chien arrête de manger du caca ?
Agissez sur trois plans à la fois. Ramassez systématiquement et sécurisez la litière du chat en la plaçant en hauteur ou dans une maison à entrée par le haut. Vérifiez que la ration est adaptée et fractionnée. Apprenez enfin un ordre de renoncement construit à froid, en récompensant toujours avec quelque chose de plus intéressant que ce que votre chien abandonne.
Les compléments anti-coprophagie sont-ils efficaces ?
Non, leur efficacité est faible et inconstante. Ils rendent amères les selles du chien qui les ingère, ce qui n’a aucun effet lorsque votre chien mange celles d’autres animaux, c’est-à-dire dans la majorité des cas. Ils ne remplacent ni le ramassage systématique ni l’apprentissage d’un ordre de renoncement.
Pourquoi mon chien mange le caca du chat ?
Parce que les aliments pour chats sont plus riches en protéines et en graisses, et que leurs selles en conservent une partie, ce qui les rend très attractives. La solution est matérielle : litière surélevée sur un meuble accessible au chat seul, maison de toilette à entrée par le haut, ou barrière calibrée, avec un ramassage plusieurs fois par jour.
Faut-il gronder un chien qui mange ses crottes ?
Non. La punition après coup n’apprend rien et pousse le chien à recommencer hors de votre vue. Pire, gronder un chiot pour ses accidents de propreté est l’une des origines connues de ce comportement, puisqu’il apprend à faire disparaître ce qui déclenche votre colère. Supprimez la punition et travaillez le renoncement.
Mon chien mange des crottes pendant la promenade, que faire ?
Gardez-le en laisse sur les portions à risque et anticipez en repérant les zones fréquentées par d’autres chiens. Travaillez un ordre de renoncement avec une longe, en échangeant toujours contre une friandise de très haute valeur. Ne courez jamais vers lui en criant : appelez-le en vous éloignant, sinon vous transformez la crotte en trophée à défendre.